La voile est un sport où la performance humaine se mesure autant à la mer qu’à la machine. Entre les bateaux volants capables de dépasser les 60 nœuds et les marins qui bouclent un tour du monde en solitaire sans escale, les records de voile racontent près d’un siècle et demi d’innovation technique et de dépassement physique. Voici un tour d’horizon complet des principales catégories de records reconnues dans le milieu nautique.
Qui homologue les records de voile ?
Contrairement à d’autres sports où une fédération unique centralise tout, la voile fonctionne avec plusieurs organismes selon le type de record visé. Le World Sailing Speed Record Council (WSSRC) est l’autorité de référence pour les records de vitesse pure, qu’il s’agisse de la vitesse instantanée, de la vitesse sur 500 mètres ou des grandes traversées océaniques chronométrées. Il valide les performances à partir de données GPS certifiées, de témoins indépendants et de protocoles stricts de mesure.
Les tours du monde, eux, sont davantage suivis par des organismes comme l’IWSA (International Water Speed Record Agency) ou simplement reconnus par consensus de la communauté du grand large, en particulier pour des trophées emblématiques comme le Trophée Jules Verne.
Le record de vitesse à la voile
C’est sans doute la catégorie la plus spectaculaire : il s’agit de savoir quel engin à voile peut atteindre la vitesse la plus élevée sur une distance de référence, généralement 500 mètres, dans des conditions de vent favorables.
Le record homologué par le WSSRC est détenu depuis 2012 par l’Australien Paul Larsen, à bord du prototype Vestas Sailrocket 2, avec une vitesse de 65,45 nœuds, soit environ 121 km/h. Ce record a longtemps semblé inatteignable, mais il est aujourd’hui sérieusement challengé par les projets de kitesurf à hydrofoils et par des bateaux expérimentaux comme le SP80, conçu spécifiquement pour franchir la barre symbolique des 80 nœuds.
À noter que le record de vitesse « classique » (monocoques et multicoques traditionnels, hors engins expérimentaux) est également suivi séparément, tout comme les records par catégorie de flotteur (planche à voile, kitesurf, catamaran).
Les records du tour du monde à la voile
C’est la catégorie la plus suivie médiatiquement, car elle met en scène des marins affrontant les éléments sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Le tour du monde en solitaire sans escale
Dans cette discipline, le marin part seul, sans assistance, et ne doit faire aucune escale avant de revenir à son point de départ. Les skippers français dominent largement cette catégorie depuis plusieurs décennies, avec des noms comme Francis Joyon et Thomas Coville, qui se sont succédé pour repousser la limite symbolique des 40 jours de tour du monde.
Le Trophée Jules Verne (tour du monde en équipage)
Le Trophée Jules Verne récompense le tour du monde à la voile le plus rapide réalisé en équipage, sans escale et sans assistance extérieure. Créé à la fin des années 1980, il a vu se succéder plusieurs générations de multicoques géants. Peter Blake et son équipage ont marqué l’histoire de ce trophée dans les années 1990, avant que des skippers comme Loïck Peyron ne fassent chuter le temps de référence sur des portions clés du parcours, comme Ouessant-Cap Leeuwin.
Le Vendée Globe
Le Vendée Globe n’est pas à proprement parler un « record absolu », puisqu’il s’agit d’une course organisée tous les quatre ans. Mais chaque édition fait évoluer le temps de référence du tour du monde en solitaire, sans escale et avec assistance interdite, dans la catégorie des monocoques IMOCA.
Le tour du monde à l’envers
Plus confidentielle mais tout aussi exigeante, cette catégorie consiste à boucler un tour du monde à la voile en remontant les vents et courants dominants, donc à contre-sens du tracé classique. Le navigateur français Guirec Soudée s’est illustré dans cette discipline, qui demande une approche de navigation radicalement différente du tour du monde traditionnel.
Les records de traversée océanique
Au-delà du tour du monde complet, plusieurs traversées font l’objet de records spécifiques, suivis eux aussi par le WSSRC :
- La traversée de l’Atlantique Nord ou Sud, en solitaire ou en équipage
- La route du Rhum, qui génère régulièrement de nouveaux records de temps selon les classes de bateaux (Ultim, Ocean Fifty, Class40)
- Les grandes routes historiques comme le Cap Horn, référence symbolique pour tout marin au long cours
Ces records évoluent très régulièrement avec l’arrivée de nouveaux bateaux volants (foilers) capables de maintenir des vitesses moyennes bien supérieures à celles des coques traditionnelles.
Tableau récapitulatif des grandes catégories de records
| Catégorie de record | Type d’épreuve | Organisme de référence | Exemple marquant |
|---|---|---|---|
| Vitesse pure (500 m) | Record instantané sur distance courte | WSSRC | Paul Larsen, Vestas Sailrocket 2, 65,45 nœuds |
| Tour du monde en solitaire | Sans escale, sans assistance | WSSRC / reconnaissance de la communauté nautique | Francis Joyon, Thomas Coville |
| Tour du monde en équipage | Trophée Jules Verne | Jules Verne Trophy Committee | Peter Blake, Loïck Peyron |
| Tour du monde en course | Vendée Globe (monocoques IMOCA) | Organisation Vendée Globe | Record battu à chaque édition |
| Tour du monde à l’envers | Navigation contre les vents dominants | Reconnaissance communauté nautique | Guirec Soudée |
| Traversées océaniques | Atlantique, Route du Rhum, Cap Horn | WSSRC | Record par classe de bateau |
Quel est le plus grand voilier de l’histoire ?
Si l’on parle de taille et non de vitesse, la question du plus grand voilier jamais construit revient souvent dans les recherches liées aux records de voile. Historiquement, les plus grands voiliers à usage commercial ou de prestige ont été des goélettes et des cinq-mâts datant de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, conçus pour le transport de marchandises sur de longues distances avant l’avènement des moteurs à vapeur. Aujourd’hui, les plus grands voiliers modernes sont davantage des navires de croisière ou de luxe à voile, qui n’entrent pas directement en compétition dans les catégories de records sportifs présentées plus haut.
Pourquoi ces records évoluent-ils aussi vite aujourd’hui ?
Les dernières années ont vu une accélération impressionnante des performances, portée par plusieurs facteurs techniques :
- Les hydrofoils, qui soulèvent la coque au-dessus de l’eau et réduisent drastiquement la traînée
- Les matériaux composites de plus en plus légers et résistants, qui allègent les structures sans sacrifier la solidité
- La modélisation routière assistée par ordinateur, qui permet aux skippers d’optimiser leur trajectoire en fonction des fenêtres météo
- La professionnalisation des écuries, avec des budgets de recherche et développement comparables à ceux de la Formule 1
C’est cette combinaison qui explique pourquoi des records considérés comme quasi définitifs il y a vingt ans tombent aujourd’hui les uns après les autres, que ce soit sur la vitesse pure ou sur les grandes circumnavigations.
En résumé
Les records de voile se répartissent en deux grandes familles : la vitesse pure, pilotée par l’innovation technologique et validée par le WSSRC, et les grandes navigations au long cours (tour du monde, traversées), où l’endurance humaine et la stratégie météo comptent autant que la performance du bateau. Ces deux dimensions continuent d’évoluer en parallèle, et chaque saison apporte son lot de nouvelles tentatives sur les parcours historiques comme sur les circuits de vitesse.
